Licence Creative Commons
.

écorchés

J'ai recueilli sur les sables sombres et clairs de nouvelle zélande d'improbables figures délivrées des marées nocturnes.

L'homme au verbe somptueux et difficile, poète de la langue d'oc, a accepté le jeu d'une correspondance avec les antipodes. Par voie postale, pièces et caractères ont trouvé place en ces plages de papier. Extraits :



grand ouvert estuaire
jambes de forgeron
se hâtent vers le soc
d'où neigent des enclumes
le fémur file au noir
des palpables marteaux
et les hautes fusions
des cruelles toisons
vont cherchant leur chemin
aux muscles de ciseaux
de la nuit déhanchée
et flambée au feu tors






cette tige de coulis
par l'une cuisse crécelle
l'autre rape et papier verre
double échelle de croulis
pour les vibrants fibromes
et la giclure en griffures
en brisants de frissons frits
que gargarisent dégorge
qu'avale ravale et glupe
de flasque en flasque lippue
de nageoire enfarouchée
une paume poissonneuse






au fort carrefour des phares
qu'écartèlent les groseilles
grappe de cris granulés
le bulbe écarte ses paumes
à deux langues se délecte
en distorsion d'helvelle
égrenant leur ronceraie
vers le soir de laque pourpre
qui très haut bouge et martèle
quand l'ombelle se déflagre
sur la nacre d'un sternum
toutes opales vinaigrées






soudain le phosphore dru
issu des madriporaires
méats d'électrogenèse
et qu'un fluor irradie
tournoyant et pourléché
autoritaire exhaussé
de graviers en déferlantes
flagelle mille paupières
de bruants de troglodytes
mille friselis mammaires
mille aiguilles mille pores
de la plage gémissante






écorchés, 2006

poésies en français de bernard manciet, photographies et mise en scène éric chabrely

(la part des anges édition, 72 pages, 22,5 x 32 cm, quadrichromie sur papier volume de arctic, couverture en bichromie sur munken lynx